Refonder l'école

Le 12 Juin 2005, l'assemblée générale de la Ligue de l'enseignement, réunie à Lorient, adoptait à plus de 90 % une déclaration sur l'école : "Refonder l'école pour qu'elle soit celle de tous."

"Une de plus !", diront les lassés des grandes envolées sur l'école de la République, "Voilà la Ligue qui s'y met aussi !", ajouteront les aigris du débat sans fin sur la démocratisation du système éducatif, "Des mots... toujours des mots !", renchériront les désillusionnés de la réforme, "Cause toujours !", penseront les désabusés et les déçus d'une école qui gaspille souvent ses forces et oublie de reconnaître les qualités de ses personnels...

La Ligue s'est longtemps dispensée de faire part de ses analyses et convictions sur l'école. Sauf quand l'école publique fut menacée, en particulier dans ses fondements laïques.

Pourtant, la Ligue est un mouvement d'éducation et de jeunesse. Elle est donc portée par une philosophie de l'éducation qui attache autant d'importance aux savoirs et à la culture qu'au chemin qui conduit à leur production et à leur appropriation. Elle s'inscrit dans le courant de l'éducation nouvelle, celle d'une pédagogie participative qui construit un rapport démocratique aux savoirs et à la culture.

C'est en prenant appui sur ces convictions et sur la persistance d'un débat permanent et souvent tronqué, partiel, frontal et exclusif sur l'école que la Ligue décide en 2000 de lancer son appel "L'école que nous voulons", invitation faite à tous les acteurs de l'école pour renouveler le projet démocratique de l'école devant l'arrogance des conservateurs et l'appétit des marchands qui se nourrissent des échecs de l'Institution scolaire et de l'angoisse des élèves et des parents.

Depuis cet appel, la Ligue a travaillé, suscité de nombreuses rencontres, pris l'initiative seule ou avec d'autres de près de 400 débats et bien sûr poursuivi son engagement par l'action qui concerne chaque année plus de 4 millions d'enfants et de jeunes. C'est de cette pratique et des valeurs qui la fondent que la Ligue tire la substance de ses propositions pour "refonder l'école".

La Ligue ne s'en tient donc plus aux principes mais s'engage sur le terrain des missions, de l'organisation de la scolarité, des pratiques pédagogiques et du fonctionnement de l'institution .

Pour autant, les positions et propositions de ce véritable manifeste pour "refonder l'école pour qu'elle soit celle de tous" ne sont pas figées dans le marbre. Elles sont l'occasion d'engager ou de poursuivre le débat avec tous les acteurs de l'école. [...]

 

Eric Favey , secrétaire national délégué à
l'éducation et à la culture et à la communication

REFONDER L'ECOLE POUR QU'ELLE SOIT CELLE DE TOUS

La Ligue de l'enseignement appelle à retrouver confiance et espoir en une école, de la maternelle à l'enseignement supérieur, pour qu'elle-même donne confiance et espoir.

Pourquoi ce texte ?

Il y a près de 140 ans, la Ligue de l'enseignement était fondée pour la généralisation de l'instruction et la création d'une école publique, laïque et obliga-toire.

Aujourd'hui, elle se mobilise contre les inégalités et les discriminations qui sapent le projet démocratique et social de la République et agit pour la transfor-mation et la démocratisation de l'école.

Des mutations profondes, inédites, rapides et incessantes affectent toutes les dimensions de la condition humaine.

Devant la montée des injustices et le délitement social, l'école s'efforce de maintenir ses valeurs et de remplir la plus grande part de ses fonctions.

Elle n'en est pas moins à un tournant, bousculée par des ghettoïsations territoriales, l'extension de la pauvreté, des inégalités et des injustices, les souffrances des populations marginalisées ou exclues, les inquiétudes et interrogations des parents, le mal-être d'un nombre croissant d'élèves, le malaise d'une partie des personnels.

Il faut réaffirmer que l'école laïque est une institution de la République et qu'elle n'est pas un service public ordinaire.

Elle doit offrir un espace protecteur où enfants et adolescents apprennent à se respecter et comprendre le monde où ils vivent.

Elle doit retrouver sa mission d'émancipation par l'acquisition des savoirs intellectuels et pratiques et par la construction d'une pensée critique et réflexive.

Elle doit être un lieu d'apprentissage de la démocratie.

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APPRONFONDIR L'EXERCICE DE LA DEMOCRATIE
PAR L'ORGANISATION FONCTIONNELLE DE L'INSTITUTION

Une gestion en cohérence avec les missions de l'école et organisée démocratiquement.

L'ensemble de l'institution doit fonder sa dynamique sur des politiques de projet, des instances de régulation et de contrôle et le développement de l'autonomie, ce qui suppose :
• une éthique laïque et démocratique, une déontologie professionnelle partagées par l'ensemble des personnels ;
• un développement de la coopération, de la négociation et de la contractualisation notamment au sein des bassins d'éducation ou de formation ;
• une carte scolaire et une carte des formations réaménagées par bassin ;
• une réflexion sur les inégalités territoriales et les façons de rééquilibrer les ressources.

Des établissements dotés d'une autonomie véritable. Tout établissement du premier et du second degré doit être doté de la personnalité morale et de l'autonomie financière par un statut public, ce qui permet et facilite l'action pour lutter contre les inégalités.

Le projet d'établissement, pierre angulaire de la réalisation des missions de l'école.

Il constitue le cadre de la politique de l'établissement, décline les ambitions, les objectifs poursuivis et les axes d'action. Il a pour effet de donner sens et cohérence aux projets pédagogiques, éducatifs et culturels.

Il fournit la base des négociations avec l'Education Nationale, les collectivités et autres partenaires.

Une école de la démocratie et de l'équité nécessite:
• d'encourager l'innovation pédagogique, d'impulser à tous les niveaux des pratiques coopératives et associatives ;
• de renforcer, élargir et identifier les droits des élèves ;
• de donner tout son sens à la co-éducation en faisant des parents collectivement de véritables partenaires de l'école ;
• d'élargir les modalités d'accès à l'enseignement supérieur.

Une école en voie de transformation exige que la formation des enseignants et éducateurs soit unifiée, repensée, rénovée et diversifiée par :

*Une formation initiale en trois composantes :
• une composante commune à tous les personnels en charge de l'éducation, de l'animation et du social pour se connaître et posséder une culture commune ;
• une composante commune à tous les métiers de l'enseignement ;
• une composante spécifique selon les niveaux, les lieux, les disciplines et les types de fonctions qui seront exercés ;
*Une formation continue fondée sur l'expression des besoins.

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L'ECOLE, UNE SCOLARITE ORGANISEE POUR GARANTIR LE SAVOIR DE TOUS

La formation et l'éducation doivent être des objectifs partagés et concertés à tous les niveaux. L'éducation et la formation doivent être partagées et concertées entre tous les acteurs et institutions concernés..

Elles doivent être pensées en articulant les politiques publiques nationales de l'école, de la culture, de la jeunesse, de la santé, du sport, de l'information, de la communication, du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et de l'agriculture.

Le rôle essentiel de l'école est celui de l'acquisition et de l'intégration du savoir et de la culture commune par tous.

Donc de développer le plaisir et susciter le désir d'apprendre, en privilégiant le travail l'équipe, les méthodes actives et coopératives - car les méthodes ne sont jamais innocentes, elles induisent les comportements futurs -, ce qui n'exclut aucunement le travail magistral.

La scolarité obligatoire est repensée et redéfinie dans ses contenus et ses formes :
- des référentiels nationaux de compétences inter et pluridisciplinaires ;
- les relations de partenariats entre tous les acteurs ont fondées sur la coopération et les démarches contractuelles.

La formation initiale pensée dans le cadre de l'éducation permanente tout au long de la vie ne se conçoit plus en vase clos et tient compte :
- de l'environnement technologique et de la multiplicité des sources d'information ;
- de toutes les ressources présentes dans l'environnement et les lieux de vie.

La scolarité commune exige un noyau commun de connaissances et de culture pour tous défini par des compétences transversales.

• Avec un socle de base et de culture qui distingue trois parties :
- les savoirs et compétences fondamentaux ;
- les savoirs et compétences optionnels ;
- les savoirs et compétences appliqués et intégrés.

• Des contenus proposés en quatre grands ensembles de connaissances humanités classiques, modernes, technologiques et créatrices qui incorporent et relient les aspects spécifiques des champs disciplinaires :
- maîtrise de la langue, des langues et de la communication ;
- compréhension de la société ;
- ouverture et maîtrise des sciences.

• Des acquis régulièrement appréciés par des évaluations formatives.

• Des modalités de validation des connaissances et compétences et d'obtention des diplômes.

• Un service public accueillant et ouvert à tous qui s'appuiera sur l'ouverture d'un droit d'éducation et de formation pour tous, de 2 à 18 ans, la scolarité obligatoire allant jusqu'à 16 ans.

• Un développement d'une politique de la petite enfance permettant l'accueil des plus jeunes dans le service public.

L'éducation est une mission partagée entre des acteurs, des professionnels et qui se vit en des lieux et à des moments différents. Les diverses fonctions éducatives comme les métiers qui les accompagnent doivent être réidentifiés et repensés.

• Le temps scolaire tient compte à la fois des rythmes d'apprentissage, de vie, sociaux et des activités d'enseignement par :

• une scolarité organisée en cycles cohérents :
- cycle 1 (2/5 ans) avec le partenariat maternelle, PMI, crèches et garderie,
- cycle 2 (5/8 ans) et cycle 3 (8/11 ans) consacrés aux apprentissages fondamentaux et élargis du socle commun,
-cycle 4(11/14 ans), consolidation et diversification du socle, éducation aux choix, avec une année d'orientation débouchant sur une formation choisie,
- cycle 5 (15/18 ans), terminal différencié, avec un partenariat entre établissements comme avec l'environnement économique, social, culturel et professionnel ;

• un temps scolaire modulable et compatible avec le rythme des enfants et adolescents : c'est le temps "adapté" pour permettre, au sein des établissements et des écoles :
- aux enseignants la mise en œuvre d'une pédagogie coopérative et transdisciplinaire, un échange régulier des pratiques ;
- aux élèves de conduire des projets autonomes ;
- aux élèves, enseignants et partenaires, de mettre en place des projets communs.

L'espace dans lequel se déroule le temps scolaire est réaménagé : conçu ou aménagé selon une approche, en concertation avec les acteurs

Des lieux et espaces d'éducation en cohérence pour permettre la mise en œuvre de véritables projets éducatifs territoriaux. Ils intègrent les projets d'école et d'établissement et concernent l'ensemble du domaine éducatif sur un territoire donné, et l'ensemble des acteurs (enseignants, parents, institutions usagers, ...).

Le projet vise à :
- fixer les priorités éducatives pour atteindre les objectifs nationaux ;
- mettre en cohérence lieux, moments, acteurs et différents projets.

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LES MISSIONS DE L'ECOLE, POUR MAITRISER INCERTITUDES ET COMPLEXITE

Assurer l'acquisition et la maîtrise des savoirs, des connaissances et compétences indispensables à chacun par l'appropriation de tout le savoir constitutif d'une culture commune de base.

Donner à chacun la capacité de s'insérer et de se situer dans la société, d'exercer ses responsabilités par l'apprentissage de la citoyenneté, de la laïcité, et de l'engagement dans la cité.

S'impliquer activement dans le développement économique, social et culturel local. C'est cela qui, aujourd'hui, permet de qualifier la personne autonome et solidaire.

Ces missions correspondent à la prise en compte :
• de la complexité des besoins culturels, sociaux et économiques des personnes et des enjeux de la maîtrise des savoirs ;
• des découvertes scientifiques et technologiques.

Pour remplir ces missions, les établissements :
• assurent la formation initiale commune de tous dans le cadre d'objectifs contenus et diplômes fixés nationalement et facilitent l'insertion sociale et professionnelle avec les partenaires institutionnels, associatifs et les entreprises, dans le respect des rôles de chacun ;
• accueillent tous les jeunes ,sans conditions d'âge et de culture ;
• participent à la formation tout au long de la vie ;
• sont parties prenantes du développement local dans le cadre de projets éducatifs locaux.

Ces missions exigent :
• la définition, l'assurance et le contrôle des objectifs de formation et de validation des acquis par l'État ;
• la présence, assurée et contrôlée par l'État en tout lieu du territoire, d'un service public d'éducation ;
• l'accès à une formation qualifiante débouchant sur une certification ;
• l'apport des outils et de l'accompagnement nécessaires à l'insertion sociale et professionnelle ;
• la mise en place de parcours différenciés, individuels et adaptés ;
• le renforcement du contrôle de l'obligation scolaire.

Ces missions font obligation à l'école de ne négliger aucun élève qui devra atteindre, de manière différenciée:
• 100 % d'une classe d'âge à une qualification de niveau V ;
• 80 % au niveau IV ;
• 50 % aux niveaux III et II.

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QUELQUES REPERES

***Textes de référence et ressources

• "Présentation et conséquences des grandes consultations depuis 20 ans" (chapitre 13 du "Miroir du débat national sur l'avenir de l'école").

• Loi d'orientation sur l'éducation du 10 juillet 1989 - Rapport annexe à la loi ; "Les missions et les objectifs fixés par la nation".

• "Éléments de diagnostic sur le système scolaire français" (avis du Haut Conseil de l'évaluation de l'école).

• Les missions du professeur - Circulaire publiée au BOEN.

• Les chiffres-clés de l'Éducation nationale.

***Quelques sites utiles

• Les sites de la Ligue de l'enseignement
www.laligue.org
www.laicite-laligue.org

• Le site de la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves des écoles publiques)
www.fcpe.asso.fr

• Le site de l'association Éducation et Devenir
http://education.devenir.free.fr

• Sites du ministère de la Jeunesse, de l'Éducation nationale et de la Recherche
www.education.gouv.fr
www.debatnational.education.fr
www.education.gouv.fr/dpd

www.eduscol.education.fr
www.jeunesse-sports.gouv.fr
www.cereq.fr

• Sites du ministère des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité
www.travail.gouv.fr

• Site du ministère délégué à la Ville et à la Rénovation urbaine : www.ville.gouv.fr

• et aussi le site du Café Pédagogique
www.cafepedagogique.net

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Refonder l'école pour qu'elle soit celle de tous
Appronfondir l'exercice de la démocratie par l'organisation fonctionnelle de l'institution
L'école, une scolarité organisée pour garantirle savoir de tous
Les missions de l'école pour maîtriser incertitudes et complexité
Quelques repères

Le fonds documentaire

Service Territoires Urbains

Daniel Jaeckle
djaeckle@ligue92.org

Tél. 01 46 69 92 17
Fax 01 46 69 92 02

Service actions scolaires et formation - Ecoles maternelles et élémentaires

Lionel Maury
lmaury@ligue92.org

Tél. 01 46 69 92 21
Fax 01 46 69 92 02

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